ÉDITORIAL

 

Favoriser une culture générale en psychologie chez nos étudiants :

n’hésitons plus à prescrire la lecture d’ouvrages !

 

 A.N.A.E. N° 149 – NOVEMBRE 2017

  

Compte tenu de la double dimension – universitaire et professionnalisante de la filière psychologie (voir Éditorial 142), nous devons, bien sûr, réfléchir aux contenus académiques qui sont dispensés au cours de cette formation, mais aussi à la nature de la culture générale en psychologie transmise à cette occasion aux futurs psychologues.

 

En s’inspirant de Lalande (1972), on pourrait définir « la culture en psychologie » par le développement ou le résultat du développement de certaines facultés mentales chez nos étudiants grâce à des activités appropriées. Les savoirs psychologiques sont une condition nécessaire de la culture en psychologie mais non une condition suffisante. Ainsi, les qualités du jugement, de raisonnement, de synthèse et du sens critique doivent caractériser la culture générale en psychologie. Cette culture est essentielle car elle permettra aux étudiants et aux futurs professionnels de mieux comprendre et d’apprécier les connaissances véritablement nouvelles diffusées dans les médias. La vraie culture psychologique doit être détachée de la mode relayée par les valeurs des petits groupes dominants.

 

Nos étudiants doivent tendre à devenir aussi « d’honnêtes psychologues » au sens des Lumières, c’est-à-dire des professionnels généralistes détenant une représentation véritablement nouvelle, globale et synthétique des savoirs psychologiques et non seulement des spécialistes d’une infime partie du champ.

 

L’accès à cette culture générale en psychologie n’est ni spontané, ni naturel et suppose un apprentissage au fil de la formation. Acquérir cette culture fait partie d’une chaîne vertueuse : elle permet d’être curieux, donc d’être ouvert sur toutes les dimensions du monde de la psychologie. Il vaut toujours mieux posséder dans une discipline scientifique une pluralité de points de vue. Cette acquisition, cependant, demande du temps. Or, la tendance actuelle est friande de raccourcis, résumés, condensés, si facilement accessibles en ligne... Chez les étudiants, on constate une réelle érosion de la lecture d’ouvrages de synthèse ou d’essais au profit d’articles scientifiques hyperspécialisés, conseillés par les enseignants-chercheurs. Nous formons donc ainsi des diplômés en psychologie très cultivés sur leur sujet de mémoire de recherche, forcément spécialisé, et peu aptes à discuter des grands enjeux et débats concernant les autres fonctions mentales.

 

La pratique testée dans mon cours de première année en psychologie du développement consistant à lire un ouvrage parmi les trois proposés (suivie d’une question à l’examen final ; 2 points sur 6 : cf. Note), suscita bien des résistances en début d’année mais pourtant des remerciements, en fin, au nom de nouveaux points de vue théorique ou synthétique découverts.

 

En conclusion, ne serait-il pas temps d’oser la prescription régulière de lectures d’ouvrages de synthèse ou d’essais durant toute la formation académique ?

 

Pr Édouard Gentaz

 Professeur de psychologie du développement à Université de Genève et

 Directeur de recherche au CNRS (LPNC-Grenoble)

 Rédacteur en chef d’A.N.A.E.

 

 

RÉFÉRENCES

LALANDE, A. (1972). La culture. Vocabulaire technique et critique de la philosophie. Paris : PUF.

Note : les trois ouvrages proposés aux étudiants en première année

DE WAAL, F. (2013). Le bonobo, Dieu et nous. à la recherche de l’humanisme chez les primates. Éditions Les Liens qui libèrent.

LEJEUNE, F. & GENTAZ, É. (2015). L’Enfant prématuré. Développement neurocognitif et affectif. Paris : Odile Jacob.

MISCHEL, W. (2014). Le Test du marshmallow. Quelles sont les ressorts de la volonté ? Paris : J.C. Lattès.

Pour consulter mes conseils de lecture données aux étudiants :

https://www.unige.ch/fapse/sensori-moteur/conseils-de-lecture/